Charpente cévenole

De Maisons Paysannes de France
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L'essentielle caractéristique du pays cévenol, c'est le schiste. Son utilisation dans la construction se retrouve de la cave à la toiture. On parle moins souvent de la charpente, alors qu'elle est en maints points originale, tellement d'ailleurs que s'engager dans la rénovation d'une toiture de lauzes sans recourir à la réparation d'une telle charpente ou à la pose d'une neuve de même type, serait comme une erreur économique. La connaissance de ce type de charpente s'impose donc. Or ici, c'est la simplicité qui prime, comme cela arrive assez souvent dans l'architecture paysanne. Les charpentes cévenoles étaient mises en œuvre par les maçons et les paysans eux-mêmes.

Charpente cévenole.jpg
Charpente cévenole (Saint-Etienne-Vallée-Française)

Caractéristiques

Essence

La charpente cévenole est en châtaignier massif, bois souple, imputrescible et résistant aux insectes xylophages.

Assemblage

Les paysans cévenols peu fortunés ont imaginé une charpente particulière qui valorise les petits bois, même irréguliers. Les chevrons intermédiaires sont braqués les uns contres les autres et supportent la "douelle", un plancher sur lequel sont clouées les lauzes. Les fermes, très rapprochées (1 m à 1,50 m) et de petit diamètre, sont faites de bois fourchus et retiennent dans leur fourche la panne faîtière. Leur extrémité inférieure est encastrée dans une panne sablière de forte dimension posée sur le haut des murs de pierre sèche d'un mètre d'épaisseur. Des entraits, assemblés en queue d'aronde avec les sablières latérales sont posés contre les pignons, réalisant ainsi un chaînage efficace du haut des murs. D'autres sont assemblés de la même manière sur toute la longueur des sablières, pour résister à la poussée de la toiture de lauzes qui pourrait entraîner l'écartement des murs. Il n'y a pas de débord de la toiture en pignon et, sur les côtés, la charpente est totalement noyée dans la maçonnerie.

Seul un débord de grandes lauzes, maçonnées sur le haut des murs apparaît et rejette l'eau. Conçues dans un contexte de pénurie de bois d'oeuvre, ces charpentes ingénieuses d'une portée inférieure à cinq mètres restent néanmoins assez fragiles. Elles ont tendance à glisser latéralement en raison d'un mauvais ancrage en pignon.

Technique pour une couverture à deux pans

Les pannes sablières

Elles se posent à l'aplomb de l'intérieur des murs (Fig. 1). Leur section est de 18 à 25 cm au carré. Tous les 1 à 2 mètres (moyenne 1m50), une entaille en queue d'aronde est pratiquée pour recevoir les fermes triangulées (Fig. 2 et 3).

Les entraits ou tirants

Leur section est d'environ 15x15 cm. La face intérieure des extrémités est taillée de telle sorte qu'elle s'encastre dans la queue d'aronde femelle des sablières. L'entaille ne présente pas de difficulté particulière. La face supérieure des extrémités est creusée d'un sabot pour les arbalétriers. Cette entaille est à réaliser à 5/20 cm du mur (Fig. 4). Enfin, le bout du tirant est biseauté suivant la pente du toit (Fig. 5).

La panne faîtière

Elle est posée sur les deux pignons. Autrefois, cette pièce était prise dans un seul arbre équarri sans se préoccuper de la section. Aussi n'est-il pas rare de trouver la section d'un bout mesurant le double de l'autre. Une extrémité peut être très mince. La pose se fait en losange. On utilise aujourd'hui une section de 15x15 cm.

Les arbalétriers

La méthode traditionnelle consistait à fabriquer ces pièces avec des branches fourchues de châtaignier, la fourche étant retaillée pour former un angle droit (Fig. 6). Actuellement (en 1983), les scieries fabriquent sur demande des arbalétriers en sifflet que le charpentier-maçon taille à volonté (Fig. 7). Le pied de l'arbalétrier est posé dans le sabot ménagé dans l'entrait et la tête trouve sa place sur la faîtière, de telle sorte que celle-ci se trouve prise entièrement par les deux branches des deux arbalétriers (Fig. 8).

Les chevrons

Il reste à poser les chevrons, longs de 2,50 à 3 m, d'une section de 10x10 cm, étant précisé que c'est à ce moment-là que l'on coupe la longueur voulue (elle varie souvent, car les murs sont rarement parallèles, voire de la même épaisseur). Si besoin est, ce qui est idéal pour ce travail est l'herminette de charron. En principe, aucune pointe ni aucune cheville n'est nécessaire à la fixation de cet ensemble particulièrement solide.

Le platelage

Il est constitué par des douelles de châtaignier de 27 mm, longues de 2 m environ, clouées sur les chevrons et les arbalétriers qui doivent se trouver au même niveau.

Principes de la charpente cévenole

La première rangée de lauzes, en bas de toiture, repose donc directement sur le mur ou, ce qui est plus fréquent sur une gênoise à une, deux ou trois rangées de lauzes de 4 à 5 cm d'épaisseur, montées au mortier de chaux grasse et de sable auquel on peut ajouter un peu de plâtre comme le faisaient certains maçons il y a un demi-siècle, afin d'activer la prise.

Coût et entretien

Ce type de charpente - sans poinçon ni contre-fiche ni panne et à chevrons courts - est très économique en bois.

De telles charpentes ne laissent apparentes aucune des pièces de bois, ce qui les rend particulièrement résistantes aux intempéries.

Bibliographie

AYRAULT H. (1983), Charpente en Vallée française, Revue Maisons Paysannes de France, 4e semestre, n°70

ARNAUD F., CITERNE P., GOUPY D., WAYGOOD D. (1979), Patrimoine de pays et savoir-faire artisanaux en Lozère, Chambres des métiers et de l'artisanat de la Lozère

PARC NATIONAL DES CÉVENNES (2010), Maisons des Cévennes : architecture vernaculaire au cœur du Parc National, Éditions Le Rouergue