Couverture en bardeau de bois : Différence entre versions

De Maisons Paysannes de France
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Schéma de Chantal PONTVIANNE ©]]
 
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Version du 23 janvier 2019 à 12:25

Schéma de l'assemblage traditionnel d'une charpente couverte en bardeaux. Schéma Chantal PONTVIANNE ©
Le bardeau est une planchette de bois servant à la réalisation de couverture de bâtiments. Tout comme le chaume, il a longtemps constitué une matière première pour la réalisation de couverture. Abondant dans certaines régions françaises, le bois est facile à mettre en œuvre dans l'architecture et notamment en toiture.

On en retrouve de plusieurs types suivant l'essence de bois choisi et suivant la région où ils sont employés.

Caractéristiques du matériau

Avantages

Réalisé avec des bois de grande qualité, le bardeau présente de nombreux avantages notamment la légèreté, la résistance aux intempéries, aux mousses et à certains insectes. Ce matériau possède également des qualités isolantes.

Dimensions

Tous les bois ne se valent pas pour la réalisation de bardeaux car ils ne peuvent être fendus ou débités, c'est pourquoi il faut les sélectionner avec rigueur. Cela entraine en conséquence une déperdition de matière.

Les dimensions du bardeau varient avec en moyenne 30 à 35cm de long pour une largeur de 6 à 12cm. L'épaisseur du bois est également différente suivant son emplacement sur la couverture, avec une moyenne de 12 à 24mm en bas et de 2 à 4mm en haut de toiture. Les plus grandes planches d'une couverture peuvent atteindre une longueur de 2 mètres pour une largeur de 15 à 20cm et une épaisseur de 2,7cm.

Abandon progressif

Les couvertures de toit sont de moins en moins réalisées en bardeaux, notamment parce que l'on craint les incendies qui pourraient dévaster rapidement la construction. Les toitures incombustibles les ont donc remplacées peu à peu. Les sociétés d'assurance ont également joué un rôle important dans la dissuasion d'utiliser ce matériau puisqu'elles augmentaient les tarifs de prise en charge d'une telle toiture ou refusaient simplement de les assurer.

Variantes régionales

Les couvertures en bardeaux de bois se trouvent particulièrement dans les régions riches en forêts. Cependant, l'espèce de bois utilisée diffère suivant les régions : les Alpes, le Jura, la Corrèze, la Creuse ou la Mayenne.

Bardeau de mélèze

Dans la vallée de l'Ubaye, au nord des Alpes de Haute-Provence, on utilise du bois de mélèze afin de réaliser des bardeaux qui viendront couvrir les toitures de la région. Ce bois est choisi en forêt dense afin qu'il soit plus solide, contrairement à celui qui pousse dans les prés et qui est moins dur car son grain est moins serré.

Le bois de mélèze était autrefois cherché en forêt puis scié à la scie de long par les habitants eux-mêmes. Ils réalisaient ensuite les bardeaux avec une scie à cadre puis les stockaient à l'abri pendant deux ou trois ans afin de les sécher naturellement. Il est en effet nécessaire que le mélèze sèche lentement afin que le bois ne se déforme pas. Les bardeaux obtenus étaient ensuite rabotés afin d'être lisses.

Aujourd'hui, on fait appel à des artisans charpentiers-menuisiers pour fabriquer et poser les bardeaux dont le bois sera fourni par des scieries des environs.

Pose du bardeau

Les toitures de bardeaux de mélèze ont rarement une pente inférieure à 45° et il n'est pas rare de trouver des couvertures dont la pente est très forte, notamment sur les anciennes bâtisses ou les édifices religieux.

Comme illustré sur le schéma de la figure 1, les chevrons sont espacés en moyenne de 50cm à 1m d'axe en axe. Sont ensuite cloués sur les chevrons, parallèlement à la gouttière, des lambourdes dont l'intervalle se situe entre 50cm à 1,40m. On fixe ensuite les bardeaux à chaque bout sur le lambourdage, avec des clous en acier galvanisé. L'écart entre toutes les pièces de bois de la toiture peut varier en fonction du mode de recouvrement choisi et de la dimension des bardeaux.

Il est nécessaire que les joints entre les planches soient décalés à chaque rang afin d'obtenir une étanchéité efficace. Soumis à des variations hygrométriques, les bardeaux de mélèze doivent être espacés lors de la pose, afin d'éviter leur chevauchement.

Mode de recouvrement en bardeaux de bois et clouage. Schéma Chantal PONTVIANNE ©

Bardeau de châtaigner

Le châtaigner se trouve naturellement en Corse, dans les Cévennes ou encore dans le Var, notamment dans le massif des Maures où il pousse de préférence sur les sols granitiques ou siliceux. Peu présent dans le nord et l'est de la France, où les hivers sont rigoureux, le châtaigner est surtout produit dans le Limousin, le Poitou, le Périgord, les Cévennes, l'Isère, les Pyrénées Orientales, la Bretagne et la Corse.

Cette essence de bois est résistante en raison de la présence abondance de tanin et est souvent comparée au chêne. Cependant, son aubier, partie jeune et périphérique du bois, est plus fine et facilite son usage en bardeau.

Pose du bardeau de châtaigner

Le recouvrement de toiture en bardeaux de châtaigner suit plusieurs étapes. Dans un premier temps, une sous toiture est réalisée, sur laquelle seront posés les bardeaux. Elle peut être réalisée avec des panneaux de particules, des voliges ou encore des liteaux en sapin ou peuplier cloués ou chevillés sur les chevrons de la charpente.

Les bardeaux de châtaigner sont préparés avant la pose, en perçant des avants-trous pour éviter que le bois ne se fende lors de la fixation.

Tout comme les toits en ardoise ou en tuile plate, le bardeau est posé suivant un recouvrement au tiers. La partie dégagée est appelée pureau. Il y a donc un tiers de pureau apparent, un tiers caché et un tiers de recouvrement pour chaque bardeau. L'espace minimum entre les bardeaux doit être entre 3 et 6cm suivant la largeur de la pièce utilisée. Les artisans choisissent différentes largeurs de bardeau et réalisent une pose de bardeau à joints brouillés, c'est à dire que les joints ne sont pas alignés. Une taille des bardeaux à la hachette est également faite lorsque des noues, rives ou arêtes sont réalisées.

Suivant les régions et les artisans, la pose de bardeau s'effectue ensuite différemment:

  • il est possible de l'agrafer ou de le clouer directement sur le support (voliges ou liteaux). Les pointes utilisées sont alors choisies avec attention : elles doivent être fines pour éviter l'éclatement du bois et doivent être galvanisées, en inox, laiton ou cuivre afin d'éviter leur oxydation toujours nuisible au bois. Il ne faut pas fixer le clou dans le creux d'un bardeau où l'eau pourrait stagner mais il faut le clouer sur une surface lisse. Cette méthode est utilisée lorsque la toiture est soumise à des vents fréquents et forts. Elle a cependant l'inconvénient de ne pas être remplaçable facilement lors de la réparation des tuiles de bois détériorées.
  • les bardeaux peuvent aussi être posés en toiture par accrochage sur le liteau. Pour cela, une pointe est enfoncée dans le haut de la tuile, à 3 ou 4cm du bord supérieur et à 2 ou 3cm de l'un des côtés. On utilise cette technique de pose lorsqu'une toiture est bien orientée et n'est pas soumise aux vents forts.

Dans les deux cas, il est nécessaire de laisser un espace minimum de 5mm entre les bardeaux afin de permettre le jeu en cas de variations hygrométriques. Un espace d'une dizaine de millimètres entre les bardeaux et le feutre isolant doit aussi être respecté afin de permettre une aération de la toiture.

Technique de coupe et raccords de toiture

Raccordement d'une couverture en bardeaux avec une paroi maçonnée. Schéma Chantal PONTVIANNE ©
Réalisation d'une noue fermée Schéma Chantal PONTVIANNE©
Disposition des bardeaux en arête de toit Schéma de Chantal PONTVIANNE ©

Les bardeaux utilisés en extrémité de toiture impliquent une coupe et une pose spécifique. En voici les emplacements et les descriptions :

  • En bas de la toiture, sur la rive d'égout, deux bardeaux sont superposés formant un doublis. Ces deux premières pièces sont toujours clouées à l'aide de deux pointes.Une chanlatte de dimension variable sert de support au premier rang et sa légère courbure en toiture permet d'éloigner la pluie du mur gouttereau.
  • Les rives latérales possèdent un débordement de toiture plus ou moins avancé selon les régions. Il est conseillé de fixer un liteau dans le même sens que les chevrons, sur lequel seront fixées les bardeaux. Cela permettra d'obtenir une meilleure résistance au vent. Les rangs doivent commencer par alternance, avec un bardeau entier puis un demi-bardeau.
  • Les rives en pénétration sont les raccords effectués entre la toiture et un mur ou une cheminée. Des noquets (pièces coudées en métal) servent de pièces jointives entre le toit et une paroi maçonnée. Ces pièces qui une fois couvertes sont invisibles, s'insèrent entre les deux dernières couches de bardeaux qui sont eux-mêmes recouverts de solins métalliques. Ces derniers s'accrocheront au mur par saignée d'encastrement. Le tout peut être recouvert d'un solin de mortier de chaux qui apportera une étanchéité au raccord.
  • Le faîtage en bardeau présente des similitudes avec celui d'un toit en ardoise puisqu'il est réalisé en lignolet, c'est-à-dire avec l'un des versants du toit qui présente un prolongement au niveau du faîte, du côté des vents dominants, évitant ainsi la prise au vent. Afin que la fixation du faîtage soit optimale, il faut fixer une chanlatte sur chaque versant. Les bardeaux sont ensuite fixés dessus et la rangée de lignolets dépasse de 5 à 7cm pour former un butoir au niveau des rangs de rencontre. L'artisan, qui aura choisi et retaillé avec soin les bardeaux du faîtage, pourra en proposer une double épaisseur appuyée contre le dernier rang du versant opposé. Un feutre pourra également être intercalé entre les bardeaux pour étanchéifier.
  • Les arêtes sont réalisées avec des bardeaux taillés suivant l'angle du toit et dont la jointure est biaise afin d'assurer une bonne étanchéité. Ils sont superposés puis sont fixés avec deux pointes. Il est possible d'y intercaler un feutre isolant pour l'étanchéité.
  • Les noues (arêtes rentrantes) peuvent être réalisée de deux manières différentes. La première, plus facile mais sans doute moins esthétique, consiste à réaliser une noue ouverte avec tuiles biseautées laissant apparaitre une rigole métallique. La deuxième méthode est une noue fermée. Un feutre est installé sur la charpente, dans l'angle rentrant à couvrir, puis est recouvert d'un noquet. Des bardeaux taillés en biais le recouvrent totalement. Cette méthode est plus difficile à mettre en place car le couvreur doit tailler et ajuster les tuiles entre l'angle et la rangée de bardeaux. Il doit d'abord poser un avant dernier bardeau de rang puis les bardeaux de la noue et enfin réaliser leur liaison avec une dernière tuile taillée sur mesure.

Bibliographie

  • LEONET F. (1995), Regards sur la Haute-Savoie : couvrir en bardeaux de bois, Revue Maisons Paysannes de France, n°,116, 2T, pp.19-23.
  • PONTVIANNE C. (1991), La couverture en bardeau de bois, Revue Maisons Paysannes de France, n°101, 3T, pp.13-15.
  • PONTVIANNE C. (1991), Le bardeau de mélèze dans la vallée de l'Ubaye, Revue Maisons Paysannes de France, n°101, 3T, pp.16-18.