Lucarne gerbière du Haut-Maine

De Maisons Paysannes de France
Les montants reposent ici sur la sablière du bâtiment. Il est très souvent constaté que ces mêmes montants prennent appui au niveau du sol du grenier.

Les deux coyaux dont on aperçoit le bout de chaque côté sont encastrés à mi-bois dans les montants, ce qui permet aux tuiles de recouvrir légèrement ces derniers au niveau du balai (voir fig.3).

Définition

Une « gerbière » est une lucarne qui servait à engranger des récoltes (paille ou foin) dans un grenier. Elle s’inscrit dans le prolongement du mur de la façade et elle est conçue pour permettre un accès facile au plancher du grenier. Cela implique presque toujours une rupture de l’égout de la toiture. La position du plancher détermine celle de la lucarne gerbière, plus ou moins basse par rapport à la panne sablière. Dans le cas d’un comble à surcroit, le mur de façade sera franchement échancré. La lucarne gerbière est souvent à deux pans avec un petit fronton vertical en façade, mais elle peut également posséder une petite croupe et sa toiture peut être plus ou moins en avancée par rapport au nu du mur. Il pouvait y avoir un système de poulie monte-charge qui permettait dans certains cas de faciliter le stockage par exemple de sacs de grains. On y accédait à l’aide d’une échelle.

Positionnement

On trouve des lucarnes gerbières sur les dépendances, comme les étables, mais surtout sur les maisons d’habitation. Le stockage de paille ou de foin était un parfait isolant. Il n’y a la plupart du temps qu’une gerbière par maison. Il existe cependant des maisons paysannes anciennes qui comptent deux ou trois lucarnes dans un équilibre exemplaire ; ce succès tient précisément au fait que ces lucarnes sont dans ce cas de dimensions différentes ou décalées par rapport à l’horizontale. La longueur du bâtiment décide de la réussite.

Restauration ou création d’une gerbière type du Haut-Maine :

Les mesures du clair de la porte (84x130) ne fournissent ici qu'un exemple, pour donner une idée des proportions d'une gerbière. On pourra modifier au besoin les cotes sans perdre de vue les proportions et l'harmonie qui en découlent.

Le motif en corbeau de la sablière (voir détail) semble se retrouver dans de très nombreux cas.

Les voliges des jouées doivent dépasser de 2 cm en façade (tout comme les ardoises, le cas échéant) mais elles ne devront jamais être appliquées en retrait.

A noter tout d’abord, en cas de création, qu’il faut se limiter à une lucarne. Une deuxième ou pis, une troisième risquent souvent de créer une lourdeur ou une symétrie écrasante. Pensez alors aux tabatières en fonte ou acier qui éclairent au moins aussi bien, ou à une ouverture en pignon. Quand la lucarne gerbière existe déjà, pas de problème, il suffit d’y adapter une fenêtre sur mesure. Mais attention à l’étanchéité (zingage, joints, jouées intérieures). On peut également, dans le cas de l’éclairage d’un couloir par exemple, adapter une ouverture vitrée de petite dimension dans la porte de la gerbière. En revanche, les difficultés commencent quand il s’agit de créer ex-nihilo ce petit chef-d’œuvre de charpente et de couverture qu’est la lucarne. Proportions, situation, matériaux, autant de questions auxquelles seule l’observation répondra. L’exemple ci-joint, qui a fait l’objet d’une étude approfondie, représente le type le plus répandu dans le département de la Sarthe, n’excluant pas les autres (voir paragraphe suivant). Ce modèle très courant est à montants de bois, à jouées de voliges qui épousent la pente du toit, et possède une avancée en surplomb d’une trentaine de centimètres. Il s’encastre dans le haut du mur de façade, coupant ainsi la sablière retenue par une ferme à proximité (très important, danger !)

Les noues se situent à la rencontre de deux versants, c'est à dire le toit de la lucarne et celui du toit principal au long pan. La noue peut être en zinc, mais pour éviter un raccord trop voyant, on resserre de part et d'autre le matériaux de couverture (voir schéma).

Lucarne gerbière typique.

Photo Alain Rocheron © Maisons Paysannes de France.

Autres exemples de gerbières (voir photos):

Lucarne à croupe : le plus souvent répandue dans les pays à couverture d’ardoise (vallée du Loir, est de la Sarthe) et partout ou l’ardoise a supplanté la tuile ou se trouve en concurrence avec elle.

Lucarne gerbière à croupe.

Photo Alain Rocheron © Maisons Paysannes de France.
 

Dans le Saosnois, de très courts potelets de bois surmontent la baie encadrée de pierres de taille. Les montants sont mixtes : maçonnerie jusqu’à la sablière, charpente au dessus.

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Les erreurs les plus fréquentes :

a)     La grosseur exagérée des montants : ne pas dépasser 13 cm. Ils font généralement 10, 11 ou 12 cm en façade, la solidité pouvant être rattrapée sur l’autre face cachée par les voliges des jouées. Ces dernières, en effet, ont tendance à « gonfler » l’ensemble d’environ de 3 cm (fig.4). 

b)     Le toit trop pointu : L’angle formé par le toit de la lucarne semble le plus souvent approcher les 95°, ce qui oblige à une pente inférieure ou égale à 44,5°. N’oublions pas que la faîtière et son joint de chaux (pigeon) rehaussent l’ensemble sensiblement et accentuent l’impression de pente (fig.5).

Les erreurs à éviter :fig. 4, 5 et 7, NON, à ne pas faire. Fig. 6 : OUI.

Fig. 7 : petits coyaux : OUI, possible sur une lucarne importante.

Fig. 8 : chevron avec une épaisseur réduite remplaçant le coyau : Possible localement.
  

c)      Les chevrons doivent reposer sur le plat de la sablière et non pas sur l’arête de celle-ci comme on le constate hélas de plus en plus, même dans des restaurations par ailleurs réussies. Il faut résonner comme si les grands clous de charpentier n’existaient pas. Autrefois, on peut encore le vérifier, le chevron s’encastrait dans une encoche pratiquée dans la sablière, sans autre fixation (fig.6 et 7). Dans le cas le plus courant, c’est la seule chanlatte qui fait déborder le toit. Parfois, sur les lucarnes plus importantes, de petits coyaux très élégants accentuent le balai (fig.8). Enfin, souvent constaté vers Saint-Georges-du-Rosay, un autre type utilise la moitié de l’épaisseur du chevron comme coyau sur une vingtaine de centimètres (fig.9). 

d)     Les tuiles ne doivent pas trop dépasser : +5 cm sur la chanlatte, +3 cm en rive, pas plus. Il faut penser à la force du vent.  

e)     Pas de tuiles « de rabat » en rive censées protéger le chevron des intempéries. On peut toujours faire en pignon ouest de chevrons en chêne. L’effet est tout de même plus élégant. 

f)      Ne pas utiliser de tuiles en essentes sur les jouées des lucarnes. L’effet rendu est lourd. De plus, en cas de remplacement de l’une d’entre elles, l’opération devient délicate (elles sont en effet clouées). C’est bien entendu le bardage en voliges fines et larges (chêne et pin) disposées dans le sens de la pente du toit qui s’impose. Penser à un recouvrement de 5 bons centimètres, le retrait étant assez fort aux intempéries. Ces voliges doivent rester brutes de sciage, non « délignées » et dépasser de 2 cm en façade. Un conseil : vous pouvez disposer sous ces voliges un contre-plaqué de qualité marine qui demeurera invisible si vous l’encastrez dans une feuillure sur les faces extérieures des montants et sablières. Une parfaite étanchéité s’impose. Dans les régions où l’ardoise a fait sa percée, ce matériaux remplace le bardage en bois, même si la tuile domine encore en couverture. La finesse de l’ardoise épouse bien l’architecture aérienne de nos lucarnes. 

g)     Pas de maçonnerie sur le fronton triangulaire. Les mêmes voliges non « délignées » qu’en f). Remarquons que l’endroit a souvent été choisi pour abriter des pigeons : deux trous, une planche d’atterrissage reposant sur les sablières et une boîte à l’intérieur. 

h)     Pour le garde corps (souvent obligatoire, se référer aux normes) la discrétion reste de mise. Pas de fer forgé ou de balcon trop voyant.

Conclusion :

Cette étude n’a pas bien sûr un caractère exhaustif ni péremptoire dans ses constatations. Néanmoins, elle résulte d’une longue observation et de nombreux clichés de maisons qui résistent encore vaillamment aux assauts les plus déloyaux du mauvais goût et du temps qui passe.

 



 


Bibiographie

  • ROCHERON Alain, Etude d’une lucarne du Haut-Maine, 1992. pp.1-4.