Restauration d'une bricole

De Maisons Paysannes de France
Révision datée du 14 février 2019 à 16:30 par CamM (discussion | contributions)

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Sa toiture percée et son aspect décati en auraient peut-être découragé plus d’un. Mais le charme était là. Et aussi quelques beaux restes comme les superbes carreaux de la cuisine. Pour Pierre Carré, son épouse Gentiane, ce fut le coup de foudre… Suivi de 18 ans de travail en famille pour restaurer cette « bricole » briarde et l’adapter aux besoins d’une famille moderne sans la dénaturer, conformément aux préceptes de Maisons Paysannes de France dont ils avaient découvert la revue l’année même de leur achat.

Les « bricoles », en Brie, désignent les modestes fermes des « bricoleux », de petits cultivateurs ne possédant qu’un cheval, une charrue et quelques bêtes. Celle-là, composée d’une écurie, d’un logis attenant et d’une grange, a été construite vers les années 1830, en briques de terre crue (adobe) et moellons de calcaire enduits à la chaux. Le tout en piteux état.

Comme tout bon restaurateur, Pierre Carré commence par prendre du recul pour inventorier, observer attentivement toutes les caractéristiques de l’objet de ses rêves avant d’engager les interventions lourdes. Ses compétences professionnelles de sculpteur et professeur d’art appliqué lui sont d‘une aide précieuse dans cette tâche.

Un sauvetage d'urgence

Un sauvetage d’urgence s’impose. Le toit d‘abord. La charpente en peuplier (grisard)dont deux pannes sont pourries est réparée à l’identique et recouverte des tuiles plates d‘origine complétées par un lot de récupération. Dans la foulée, 12.000 tuiles anciennes similaires remplacent la couverture mécanique de la grange. Tous les murs sont assainis, les enduits refaits à l’ancienne (chaux aérienne et sable). Les portes, fenêtres et volets sont conservés ou remplacés par des modèles conformes à la tradition locale. Un appentis de planches sans intérêt et en mauvais état est détruit et reconstruit en moellons maçonnés à la chaux avec de petites ouvertures similaires à celles observées dans le village sur ce genre de bâtiment.

Façade avant

Un plan détaillé

Établi avant les travaux, le plan relevait avec précision les dimensions des pièces, épaisseur des murs, taille et emplacement de toutes les ouvertures existantes ou à rouvrir. Les époux Carré et leurs deux fillettes se sont appuyés sur ce document pour réfléchir à l’usage qu’ils feraient de leur maison et décider des aménagements à y effectuer. La disposition des pièces a été peu modifiée. Dans le logis, l’entrée dessert toujours, à droite, l’unique pièce à vivre devenue coin repas. La cuisine adjacente a gardé son rôle. La cheminée et les placards d’origine, ainsi que la pierre d’évier y ont été restaurés et les installations modernes se font discrètes au fond de la pièce qui réunit aussi WC, salle d’eau et cellier. A gauche de l’entrée l’écurie est devenue salon. Un escalier de récupération en chêne y dessert le grenier, le domaine des filles: une aire de jeu flanquée de deux chambres et d’une salle de bain.

Une pièce isolée à l’extrémité de l’écurie est devenue la chambre des parents. Les solives qui étaient simplement posées sur le faîte des murs ont été rabaissées de 30 cm, ce qui a abaissé le plafond à 2,50m et rendant les combles aménageables. La pièce ne donnait que sur la cour. Des ouvertures ont été ménages vers le salon et vers l’appentis qui sert à la fois de rangement et de sas de communication entre l’habitation et la grange. Pierre Carré y disposera d’un vaste bureau-atelier.

Cette démarche exemplaire a permis à la famille Carré de se fabriquer un « nid » taillé sur mesure selon leurs goûts dans une bâtisse chargée d’histoire que plusieurs générations d’occupants avaient su adapter parfaitement à l’environnement local. L’expérience leur a tellement plu que, trois ans seulement après la fin des travaux, la famille a entrepris de démonter et de reconstruire près de leur « bricole » une remise à chevaux du XVIIIème siècle vouée à la démolition.