Le Beaujolais des pierres dorées - Typologie régionale

De Maisons Paysannes de France
Ceci est la révision approuvée de la page, et aussi la plus récente.

Présentation géographique du Beaujolais, environ 1550 km2

Au sud/sud-est :

Régions naturelles du Beaujolais des Pierres dorées

Le Beaujolais des Pierres Dorées, paysages de plateaux et coteaux, vignobles, cultures et forêts. 

Au nord-ouest/ouest : 

Les monts du Beaujolais, paysages de moyenne montagne :

• de la Haute Vallée d’Azergues et du Haut Beaujolais,

• des Monts de Tarare-Amplepuis-Thizy, Cours-la-Ville,  

Au nord-est/est :

La côte viticole, le vignoble beaujolais occupe les coteaux qui domine le Val de Saône à l’est, le Beaujolais des Crus et Villages, de sud Macon/Villefranche/Anse.

Carte du Beaujolais des Pierres Dorées © IGN http://infoterre.brgm.fr
Les grands ensembles géologiques du pays Beaujolais. Bruno Rousselle - Geopark Beaujolais

Présentation géologique du Beaujolais des Pierres Dorées

« Géoparc Mondial Unesco, le Beaujolais est une terre qui puise en grande partie ses richesses de la géologie de son territoire. Celle-ci s’exprime au quotidien au travers du relief et des paysages, des espaces naturels, des terroirs agricoles, du bâti traditionnel qui déterminent les paysages multiples du Beaujolais »

A l'ouest, un socle cristallin occupe les trois quarts du territoire en trois bandes parallèles nord-est/sud-ouest, dont un large domaine volcanique encadré par des ensembles granitiques et métamorphiques plus restreints. Au sud-est, le substratum primaire est recouvert par les terrains sédimentaires argilo-calcaires secondaires des coteaux surbaissés et faiblement inclinés du Beaujolais des Pierres Dorées. A l'est, les formations tertiaires et quaternaires se disposent selon une frange nord-sud dominée par le système alluvial et fluvio-glaciaire de la Saône

La notoriété architecturale du Beaujolais des Pierres Dorées repose majoritairement sur ses calcaires, dont deux principaux ont servi à la construction de l’habitat : le calcaire jaune appelé «pierre dorée» et le calcaire blanc dénommé «pierre de Lucenay». Un autre calcaire célèbre, la « pierre à gryphée », des grès et de nombreuses roches cristallines primaires sont également visibles dans le bâti rural.

Stratigraphie simplifiée du Beaujolais, B. Rousselle (2020)

Les grès du Secondaire (-230/-240 Ma) sont des roches détritiques constituées de sable lié par un ciment siliceux ou calcaire, très utilisées pour la construction. Les principales variétés sont le grès quartzeux à ciment siliceux et le grès feldspathique. Les maisons de Sainte-Paule sont en grès gris et rose, ainsi que les murs de soutènement, puits, église... C’est une pierre qui a été particulièrement prisée au Moyen-Age. A Saint-Laurent-d’Oingt, on observe une grande variété de couleurs et de composition des grès, selon les hameaux : grès fin jaune, grès moyen à grossier, rouge (fer), vert (glauconie, argile ferreuse) ou beige-gris, parfois jaunâtre (dolomite, calcaire magnésien)...

Quelques roches exploitées en Beaujolais pour les sables de construction :

- Les granites et les volcanites naturellement dégradés par l'altération.

- Le grès, également altéré, dont le sable (« mourgue ») était obtenu par grattage ou broyages de la roche friable, extraite des « morguères » dans le Beaujolais des Pierres Dorées, à Bagnols, Légny, Le Bois-d’Oingt et Sainte-Paule, avant le 19/20ème siècle.

Calcaire à entroques jaune ou "pierre dorée". N.B © Sauf mention toutes les photos de cette page sont de A. Matagrin

Le calcaire à entroques jaune ou « pierre dorée » est un calcaire de dureté moyenne, formé au Jurassique moyen, il y a environ -175 Ma, et composé d’un sédiment de débris squelettiques de crinoïdes (classe des échinodermes). La présence d’oxyde de fer lui donne sa couleur ocre. Il sera largement exploité pour la construction locale et lyonnaise, tout comme son homologue du Mont d'Or Lyonnais.

Calcaire à oolithes blanc ou pierre de Lucenay. Chazay d'Azergues

Le calcaire à oolithes blanc, ou pierre de Lucenay, né aussi au Jurassique moyen (environ -170 Ma), se retrouve dans les constructions des villages autour de Lucenay, Morancé, Chazay, Anse et dans les bâtiments anciens de Villefranche et de Lyon.

Les marnes : ce sont des roches à la fois argileuses et calcaires. On distingue les marnes argileuses (de 5% à 35% de carbonate de calcium), les marnes pro parte (35% à 65%) et les calcaires marneux (65% à 95%). Toutes ces variétés existent en Beaujolais méridional. Leur couleur est variable, leur aspect est terreux et elles absorbent facilement l'eau. Chauffées à haute température, elles participent respectivement à la fabrication des céramiques (marne argileuse), de la chaux hydraulique (marne). La marne argileuse de la région du Val-d’Oingt s’est formée au Jurassique inférieur, il y a -190 Ma.

Les argiles, roches sédimentaires à grain très fin, contenant au moins 50% de silicate d'alumine et auxquels s'ajoutent d'autres minéraux (quartz, feldspath, oxydes de fer), résultent de la décomposition de roches cristallines riches en feldspath. Elles absorbent l'eau pour former une pâte imperméable ou « terre glaise ». Souvent colorées par des oxydes de fer provenant de la décomposition des feldspaths riches en fer et des micas, elles comportent plusieurs variétés : argile grasse ou maigre, bentonite (argile siliceuse), argile « à blocaux » (caillouteuse), argilite (argile compactée), argilolites (argile mal stratifiée), argile de décalcification (dépôt argileux issu de la dissolution des calcaires, dite "terra rossa"), ocres (argiles hydro-ferrugineuses jaunes et rouges). Là encore, beaucoup de ces variétés sont présentes en Beaujolais. On les trouvent notamment dans les dépôts alluvionnaires de l’Azergues et sur les coteaux du Sud-Beaujolais. Dans ce secteur ont fonctionné d'anciennes productions de céramique et de grès cérame (silicate d’alumine avec excès de silice : pâte de porcelaine) : au Breuil, tuilerie Dubet à Oingt, réputée pour ses carrelages, anciennes poteries de Bagnols et Légny...

Dans la région des Pierres Dorées, bien d’autres roches ont été utilisées dans l’habitat : roches magmatiques (granites, microgranites, volcanites...) et métamorphiques (gneiss, schistes, cornéennes, marbres…), reparties sur le territoire primaire Beaujolais.

A l’ouest et au sud-ouest, dans la vallée d’Azergues, à Chamelet et dans ses environs, les moellons des maisons rurales ou villageoises et des édifices du patrimoine ancien sont souvent faits de microgranite rouge ou de volcanite grise ou noire-verdâtre, dont la rhyolite grise, ou « tuf picard », et la rhyodacite noire-verdâtre, ou « tuf commun », ex. La tour de Chamelet (véritablement abondante à l’ouest du Beaujolais, le long du Sornin, du Reins et de la Trambouze).

Dans la haute vallée du Nizerand et dans le massif de la Cantinière, à ces mêmes roches s'ajoutent des roches dioritiques, de type cornéenne siliceuse parfois appelées «pierres bleues».

Autour de Légny et des Pont-Tarrets, mais aussi du côté de Létra, d'autres «pierres bleues» sont constituées par de vieux sédiments assombris, plus ou moins transformés en schistes, comme à St-Vérand.

Au sud et plus loin encore au sud-ouest,  autour de Bully-Sarcey et dans toute la région de Tarare, les murs des maisons sont constitués de roches métamorphiques et de granites anciens appartenant au socle primaire des Monts du Lyonnais (-300 à -450 Ma). Parmi ces roches, on reconnait des gneiss versicolores, comme à Tarare et Dareizé, des roches amphibolitiques schisteuses vert/gris, comme autour de l'Arbresle et de Lozanne.

Le Beaujolais des Pierres Dorées, un riche patrimoine architectural

Présentation du territoire dans la presse nationale

Beaujolais des Pierres Dorées

Deux extraits du Journal La Croix par Bénévent TOSSERI (correspondant régional, Rhône) le 20/08/2013  

« Qu’elle est belle, notre pierre dorée »
Les gens du cru avaient préparé le terrain. C’est au sortir d’un repas réunissant élus et érudits locaux, lors de la création de l’office de tourisme, en 1962, que naît d’ailleurs l’appellation « pierre dorée », jusque-là plus modestement nommée « pierre jaune ». « Qu’elle est belle, notre pierre dorée », s’extasie alors une institutrice, admirant le soleil qui joue sur les façades. L’expression a, depuis, fait florès et poétise le territoire.
... «  Les pierres façonnent nos paysages, en tissent l’identité. Et constituent la marque très visible de nombreuses régions. Tour de France en rose, en jaune, en noir, en blanc et en gris. Deuxième épisode avec le doré. Faute de blocs d’une taille suffisante, les carrières ont été abandonnées, parce qu’elles ne sont pas exploitables industriellement (DR).
En contrebas du donjon fièrement dressé au sommet de la colline, les rangs de vigne strient la campagne vallonnée. Depuis le village médiéval d’Oingt, on contemple le visage immuable du Beaujolais méridional, qui sait mieux que quiconque dissimuler ses secrets.
Il faut un œil perçant pour deviner d’anciennes carrières de pierre, cachées par la végétation, derrière cet éperon rocheux ou sous ce mamelon verdoyant.
« Une pierre de paysan »
....Mais tout ce qui brille n’est pas d’or. Car, si elle a servi à bâtir çà et là quelques splendides demeures, la pierre dorée est avant tout « une pierre de paysan », sourit Fabrice Molina. Fils et petit-fils de carriers espagnols ayant abandonné les marbres d’Andalousie pour s’installer au milieu des vignes, il exploite l’une des dernières carrières encore en activité, à Theizé-en-Beaujolais.
Une pierre qui a failli « disparaître »
 
Voilà à peine plus d’un siècle pourtant, chaque commune disposait de son gisement. Des générations durant, les villageois les creusaient pour édifier maisons et lavoirs, cadole de vigne et croix de campagne. « La plupart du temps, ils étaient également vignerons », rapporte Michelle, descendante de la dynastie des Vapillon, qui exploita la carrière de Theizé. 
Seules deux carrières demeurent en activité.
À commencer par celle de Theizé, ouverte de nouveau par Fabrice Molina, qui a le droit d’extraire 250 tonnes par an jusqu’en 2024. « C’est la seule carrière qui n’a pas de proche voisinage », explique-t-il.  
Sa production est complétée par la carrière de Belmont, où les ciments Lafarge fournissent à moindre coût 1 500 tonnes de pierre chaque année, destinées à la restauration du patrimoine rural. L’équivalent d’un muret de deux kilomètres de long. 
.... « Lorsque les particuliers cherchent à rénover leur maison, il faut une grande quantité de pierres du même ton, sinon cela jure », explique Pierre Forissier, de l’association des Carrières de Glay. 
....Une pierre qui brille, lorsqu’elle n’est pas recouverte…Pierre Forissier ajoute : « Certains disent que recouvrir la pierre dorée revient à jeter un voile sur Vénus ! » 
Vendanges à St Laurent d'Oingt-Val d'Oingt
Extraits du journal Le Monde.fr | 04.09.2013| Par Thomas Diego Badia AFP/Philippe Desmazes
UN PATRIMOINE GÉOLOGIQUE RICHE MAIS « CACHÉ »
 
"Certes, notre géologie est cachée sous les vignes et les forêts, mais elle n'en demeure pas moins l'une des plus riches de France en termes de diversité des roches et de qualité des sols", ajoute Bruno Rousselle, géologue du comité scientifique du Géoparc Beaujolais.
Et pour la "révéler", les porteurs du projet Géoparc Beaujolais veulent mettre l'accent sur les rapports entre l'homme et la géologie. "La pierre fait partie intégrante du patrimoine local, reprend Bruno Rousselle. On la retrouve dans l'architecture avec la pierre dorée très utilisée pour de nombreuses constructions, mais aussi sous les vignes et les plantations sylvicoles". Bâtis dans une pierre calcaire ocre jaune, les villages hauts perchés du Beaujolais-sud sont surnommés la "petite Toscane"


Caractères généraux du bâti traditionnel des fermes de vignerons

Au sud, en Beaujolais des « Pierres Dorées », les fermes de vignerons sont isolées ou regroupées en hameaux  et présentent deux modèles :

- Un modèle de ferme à cour fermée   

Moins nombreuses que dans le Lyonnais, ce modèle agricole d' Europe du nord de la fin 18e siècle, oppose son austérité aux éléments décoratifs de tradition méridionale, comme les jardins clos,

et sur le porche, la génoise (que l’on trouve aussi dans les villages vigneron en Ardèche ou Languedoc) ou corniche dite « à la Lyonnaise »,

la tuile canal locale qui couvre les toits à faible pente, provenant de l’ancienne Tuilerie de Prosny d’Oingt ou celles de Bagnols. Ces tuiles sont en pose inversée conservant la forme tronconique de l'imbrex des tuiles romaines mais pas la tegula, forme plate.

On trouve sur les linteaux de portail en particulier des éléments de décors de pierre calcaire jaune des anciennes carrières de Glay, à St Germain-Nuelles et des petites carrières des villages du Beaujolais des Pierres Dorées,

 des carrières de Lucenay et alentours pour la pierre calcaire blanche,

Selon la situation géographique, les murs des bâtiments sont construits de matériaux locaux, calcaire jaune ou « pierre dorée », grès, roches du socle ancien primaire, magmatiques et métamorphiques, granite de Civrieux d’Azergues, Sarcey, « pierre bleue » du Breuil, schiste de Ternand avec quelques moellons de marbre pris sur place,  l'alternance de galets ou rognons de silex extrait du sol et de calcaire jaune à Bagnols, Alix, Lachassagne, Marcy...

(Pour en savoir plus : géologie du Beaujolais)

- Un modèle de ferme en L  

Elles ont été construites autour d'une cour avec quelques bâtiments avec des zones de stockage de matériel agricole et une protection  des vents du nord.   

Le logis est perpendiculaire à la pente, le portail principal donnait sur le chemin, parfois un portillon donnait sur les champs.

La pierre utilisée est  pris dans la nature environnante, elle est récupérée sur place et laisse un trou de petite carrière proche de la maison, souvent transformée en hangar. 

Les murs sont constitués de moellons de pierres calcaires jaunes, de granite, de grès ou selon la situation géologique en  Beaujolais des Pierres Dorées.

Les encadrements de portes, de fenêtres, les colonnes et les enchants des murs sont en pierre calcaire jaune,  pierre dorée.

Sur les bâtiments agricoles et parfois les maisons, le pisé revêt le tiers supérieur de la façade sur une base en pierre. L'ensemble est crépi ou pas.

Situation, cour, logis

Situation

La position centrale du logis permet de voir l'étable, la grange et le portail d'entrée si la cour est fermée. L'entrée se fait par un porche surmonté d’une corniche à la lyonnaise. Une petite verchère jouxte la maison. D'autres bâtiments s'appuient sur le logis ou sont séparés comme le four à pain. Dans la cour ou derrière les bâtiments se trouve la soue à cochon, les clapiers, le poulailler, la fosse à purin, la plate-forme à fumier, et près du jardin potager les commodités... 

Au niveau de la cour  

Un cellier, une cave voutée, le pressoir et les foudres d'un coté, le fruitier de l'autre. Parfois l'étable est accolée. De la cour, on aperçoit l'accès à l'ancienne étable et son puits, la cave-pressoir avec  la fon à lait pour déposer les berthes, le petit local traditionnel sous la souillarde, les escaliers qui montent au logis.

 

Au niveau du logis  

On y accède par un escalier en pierre dorée ou pierre à gryphée,

parallèle à la façade, ouvert  ou fermé,

et une galerie, les aîtres, avant de rentrer dans le logis. 

Tout comme sur le sol des aîtres, les cadettes sont de grandes dalles plates en « pierres dorées » posées sur le muret de l'escalier.

Les aîtres


Deux ou trois colonnes de bois ou pierre calcaire jaune comportent chacune deux consoles,

une supportant le poutan , plancher ou l'on fait sécher les noix, les oignons, les fagots de bois etc.  On y accède par une échelle au fond des aîtres.

Et l'autre console supportant le débordement du toit.

Là se trouve la souillarde avec la pierre d'évier et son évacuation sur l’extérieur en pierre dorée,  la conche, surmontée d'un tout petit fenestron,  pour la vaisselle et la fabrication des fromages.

 Les fromages sèchent dans une chazière que l'on accroche à un palan de bois sur les aîtres.  


Le mobilier

On accède au logis par la pièce commune où peut se trouver

une pierre d'évier en pierre dorée pour l'usage ménager et sa conche, des cadettes au sol,

un potager pour la cuisson des aliments à un ou plusieurs trous de cuisson, un endroit pour recueillir les cendres qui serviront à divers usage, dont « la boye » (patois boye=lessive ),

une cheminée de pierre dorée sur laquelle s’adosse

une bretagne ( patois braye=caillé), placard pour faire sécher les fromages, donnant dans la chambre de bretagne ou chambre des parents.

Données économiques et historiques pour mieux comprendre la variété du bâti ancien en Beaujolais des Pierres Dorées  

Le choix de l'implantation des fermes orientées sud- sud/ouest où prime la qualité de la production de la terre s’établira au regard de l'eau, de l'élevage, des cultures de céréales, du chanvre, et de la vigne.

            Au regard de l’eau

Déjà à l'époque romaine l'agronome Columelle (1er siècle, Rome) conseillait la construction des domaines agricoles sur un point d'eau, un puits. Grâce à l'observation du futur bâtisseur et du paysan sourcier local, les maisons beaujolaises ont été souvent bâties sur un rocher qui affleure dans la cour ou dans la cave, accompagné d'une source, qui alimente aussi  le bachas servant à faire boire les animaux. Boutasses et serves sont à proximité de l'habitation.

            Au regard de l' élevage bovins, ovins, caprins

Au nord-ouest du Beaujolais des Pierres Dorées, dans les prairies des vallons de moyenne montagne où l’on trouve les élevages de chèvres. Des greniers et  granges volumineuses sont capables de faire face aux aléas de l'agriculture pour le stockage, un habitat spatialement diffus et dense à la fois, des fermes massives, avec des toitures à quatre pentes ou trois pans coupés.

            Au regard de cultures

            de céréales majoritairement du blé sur les terres argilo-calcaires, méteil pour fourrage, triticale, et de vergers, avec des cultures arboricoles importantes avant les années 1960, et actuellement de noyers, chêne-truffiers, etc.

            autrefois de chanvre textile, dans les fonds de vallées, proche des cours d'eau, et le long de la rivière Azergues jusqu'à sa confluence à Anse. A Chamelet, on blanchissait le chanvre et les toiles une fois tissées. Il reste des noms évocateurs, « La blancherie »,  « La blanchine », « le Peigneau », « le Teillou », de ce qui a fait la renommée du Beaujolais déjà au 16e siècle. Le chanvre était encore cultivé, filé, et tissé en 1880 dans les fonds de vallons irrigués par les ruisseaux de L’Azergues. On trouve les métiers de tisserand dans les registres paroissiaux dès le 17e siècle. Tout ce qui reste de ces métiers sont des consoles en façade des maisons sur lesquelles on posait des perches servant à faire sécher ou blanchir  les tiges de chanvre.

            de la vigne, préexistante à la ferme depuis l'époque gallo-romaine, développée par les abbayes, les seigneurs, puis les viticulteurs indépendants. Dans le Sud Beaujolais, ce que nous voyons dans les maisons anciennes  reflètent une organisation du moyen-âge de baux, fermage et métayage, en particulier celui de vigneronnages, toujours d'actualité.

Au niveau du bâti, le seigneur ou bourgeois fournit le logement et les bâtiments agricoles, le vigneron les entretient  mais ne les transforme pas. L’habitat rural va ainsi traverser le temps sans véritables changements. Les exploitations sont petites, vignes, près, céréales, arbres fruitiers ou noyers, tout ou parti revient au seigneur. Au 19e et 20e siècles en Beaujolais des Pierres Dorées, le propriétaire apporte 3 ou 4 hectares dont les 2/3 en vigne, le cheptel et le gros matériel, entretient les bâtiments et paie l'impôt foncier. Le vigneron lui, apporte son travail, celui de sa famille, frais de cultures, récoltes, vendanges. 

La Révolution au nord du Beaujolais n'a pas inquiété les nobles qui détiennent les 3/4 du sol, des propriétés de 20 à 100 hectares et très peu en vignes (des taillis et moutons au Mt Brouilly). Dans le canton Le Bois d'Oingt/Anse, le sol se partage entre la noblesse foncière lyonnaise. Après la révolution, plus de fours ou pressoir banaux, les maisons reflètent  la base de la vie des habitants : pain, vin, fromage, un four à pain, une cave avec un pressoir , une étable. 

Après l'essor de la viticulture sous Napoléon III, les propriétaires bourgeois vendront la partie agricole de leur exploitation pour des profits industriels et urbains. Malgré les maladies et le phylloxéra à partir de 1873 en Beaujolais des Pierres Dorées, et malgré la crise de la fin du 19ème, le vigneron-propriétaire s'en sort, il continue à construire  son grand cuvage et sa maison plus haute et plus cossue,  au toit d’ardoise, souvent agrémentée d’un parc.

Suite aux guerres mondiales, c'est l'exode rurale jusque dans les années 1960, début de la monoculture de la vigne. Il n'y aura pas de nouvelles maisons jusqu’à l’arrivée des lotissements à la fin du 20e siècle. Les nouvelles caves viticoles d’après guerre traitent 2/3 de la production en beaujolais des pierres dorées. Plus besoin de local à pressoir, ni d'étable car le tracteur remplace le cheval et les vaches. Il prend sa place sous le chapit.

L'AOC du cépage gamay en 1935 annoncera le « beaujolais nouveau » des années 1960, le développement du cépage Chardonnay blanc dans les années 2000. Les viticulteurs aujourd'hui sont en agriculture raisonnée ou reconversion biologique, et les exploitations se développent à l'exportation. Ils adaptent leur habitations et bâtiments  à tous ces changements.

Aujourd’hui, les néo-ruraux s’installent dans les anciennes maisons de vignerons. Avec l’aide de Maisons Paysannes du Rhône ils œuvrent pour la préservation et la restauration de cet habitat traditionnel.       

Sources

- Bruno Rousselle, http://www.espace-pierres-folles.com/

- * : Histoires de Pierres, chroniques géologiques du Beaujolais, Eléonore Ampuy, Le Beaujolais Géoparc Mondial Unesco, géologie du Beaujolais. Syndicat Mixte, 172 Bd Vermorel, Villefranche/Saône https://www.geopark-beaujolais.com/

- Extraits de « Conférence Architecture et mode de vie des fermes et maisons de vignerons dans le Beaujolais des Pierres Dorées », auteure Association Déambule. Intervenants : Maisons Paysannes du Rhône. A. Matagrin - P. Forissier http://mprni.blogspot.com/                                                                                                               

- © Photos et textes 2020 : Ann Matagrin

Page réalisée par Ann Matagrin, Maisons paysannes du Rhône - mise en ligne 30/04/2021 - dernière modification 19/08/2021-